La Faisocratie en pratique

Cet article date de l’époque ou le Nicelab était installé dans son premier local. Il contient désormais des informations obsolètes. Depuis, le Nicelab est passé au statut d’association loi 1901 mais la Faisocratie reste toujours d’actualité.

Voici une réflexion émanant du fonctionnement du Lab. Comme dit précédemment, nous sommes une association de fait. C’est à dire que légalement, nous n’existons pas. Nous sommes un collectif sans identité morale ni existence officielle. Ce qui implique qu’il n’y a ni chef, ni décision communément prise. Ce fonctionnement s’appelle la do-ocraty, habilement traduit en faisocratie : dans une structure non définie, les décisions suivent les initiatives.

Faisocratie (Crédits : CC-by-nc-nd Opacity <https://secure.flickr.com/photos/opacity/4012611345/>)

Si par accident il vous est déjà arrivé de me lire ailleurs, vous savez peut-être que j’ai l’habitude de défendre un vague concept nommé démocratie. Et peut-être serez-vous donc surpris de constater que je semble tenir ici un discours inverse. La différence est dans l’échelle. On ne gère pas une nation de la même façon qu’une poignée de gus dans leur garage. Car ces gus partagent des valeurs, et veulent déjà avancer dans le même sens. D’ailleurs, mécaniquement, et partant du principe que chaque individu a son opinion propre, il est plus facile de réunir un petit groupe de personnes ayant les mêmes valeurs qu’une population entière. Voilà pourquoi la faisocratie ne peut fonctionner qu’à micro-échelle.

Concrètement, comment ça marche ?

Il n’y a pas de décisions à proprement parler. Seulement des actions, et les gens qui prennent l’initiative de les faire. Ainsi, si un besoin est exprimé, par exemple d’avoir un blog pour le lab, le premier à le mettre en place procède de fait à un certain nombre de choix, par exemple de logiciel utilisé, d’hébergement, ou bien de configuration du machin. Et si ça ne plaît pas à quelqu’un, râler ne sert à rien, et s’il a quelque chose de mieux à apporter, il le fait. Dans ce cas, s’il n’aime simplement pas la couleur du blog, se contenter de la changer ne sert à rien, car le premier remettra sa couleur, qu’il préfère. Celui qui aura fait les choses a la responsabilité. Celui qui aura installé le blog aura fait le choix des couleurs, et si ça ne plaît pas, il fallait le faire avant. Et comprendre ce principe permet de ne pas être mécontent d’un choix contestable : quelque chose a été fait, et c’est l’essentiel.

Cela pousse à l’action, tout d’abord. Pour ne pas rester passif, et faire soi-même des choix, il faut se sortir les doigts et contribuer. C’est aussi simple que ça.

Les problèmes que ça pose

Oui, car ce n’est pas un système parfait, bien évidemment. C’est seulement un système qui fonctionne. À petite échelle seulement, tout d’abord. Parce que dans un groupe restreint, il y a statistiquement moins de chances d’avoir des positions fermement opposées. Ensuite, parce que les gens se côtoient, se connaissent. C’est très important. Il faut également garder de vue l’objectif. Pour le Lab, ce qu’on veut, c’est qu’il vive. Le choix des couleurs pour le blog est un détail insignifiant. Avant de critiquer le travail d’un autre, il faut se demander si ça en vaut la peine. Se demander ce qui est plus important, entre la bonne ambiance ou le choix arbitraire de ces couleurs. Et, en général, on préfère se dire que « C’est pas grave » (d’ailleurs, ça ne l’est pas), et continuer d’avancer.

Nous parlions de problèmes. En voilà un : dès lors que de l’argent est mis en jeu, la faisocratie se fragilise énormément. Parce que l’argent prend la tête, basiquement. Que dès qu’on se demande « Que fait-on de ce fric ? », chacun aura son idée sur la question, et trouvera inacceptable que ça soit utilisé pour autre chose. Parce que le « C’est pas grave » disparaît subitement des conversations. L’argent, c’est un serious business. Par conséquent, la faisocratie est très difficilement applicable dans un milieu qui gère de l’argent.

Appliquée au Nicelab

Nous fonctionnons déjà en faisocratie, ici. Mais il me semble important de rappeler ces valeurs de tolérance pour un fonctionnement fluide. Parce que deux personnes ayant exactement le même avis sur tout, ça n’existe pas. Alors n’essayons pas d’imposer une doctrine globale, et assumons simplement les différences d’opinions de chacun. Gardons en tête que nous faisons ça pour nous amuser, et que s’engueuler n’est guère amusant. Alors, devant un débat, pensons simplement à ça. La tolérance découle naturellement de l’ouverture, après tout.

Commentaires

  1. Saluts depuis Amsterdam!

    Good stuff! comme disent les anglophones. Petit conseil pour le fric: une personne ‘elue’, designee par le groupe, mais aussi controlee (« trust, but verify »). Et la conscientisation du probleme, comme vous le faites, c’est deja la moitie de la solution.

    Petite correction sur le Mahatma: « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » (“Be the change you want to see in the world.”) (C’est pas grave! 😉
    Autre belle citation du Mahatma: « c’est une tres bonne _idee_! ») Que le Nice hacklab ne tombe pas sous cette definition!

    Meileurs souhaits! Cheerio, patrizio et les Diiiinooos1

    (Amsterdam hackerspace: http://technologia-incognita.nl/)

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