Le disque dur est un composant mécanique servant à stocker de manière approximativement durable des données numériques au sein d’un ordinateur. Je dis bien « approximativement », car il est de notoriété publique qu’un disque dur s’use lorsqu’on l’utilise. En partie à cause de sa conception : qui dit pièce mécanique dit usure, frottements, détérioration. Tout disque dur, lorsqu’il est utilisé (quand bien même il se contente de tourner sans être sollicité), s’use irrémédiablement. Et à un moment ou un autre (ce qui est très difficile à prédir tant les facteurs physiques sont nombreux et souvent aléatoires), le disque lâche, fatalement. Et si vous n’aviez pas de sauvegarde de vos données importantes ou que vous n’aviez pas remédié à ce défaut par une solution telle que le RAID mirroré, c’est le drame. Les données sont perdues pour de bon, et il ne vous reste plus que les yeux pour pleurer.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut savoir qu’il existe un autre système de stockage de données, palliant en partie à ce gros défaut : les SSD. Ces composants, totalement dénués de pièces mécaniques, fonctionnent avec de la mémoire flash, sur un principe vaguement cousin des clés USB et autres cartes SD. Outre l’absence d’usure mécanique, ils permettent des vitesses de transferts nettement plus élevées que les disques durs. Malheureusement, ils restent encore beaucoup plus chers que ces derniers. Et ils ne sont pas infaillibles pour autant : ces disques possèdent une durée de vie, exprimée en nombre d’écritures sur les cellules. Ils n’en restent pas moins bien plus fiables que leurs cousins. Ceci dit, l’astuce donnée ici ne fonctionne que sur les disques durs, et vous allez comprendre pourquoi.
Pan !
Le drame, vous disais-je. Votre seul et unique disque dur a lamentablement rendu l’âme, emportant ainsi vos centaines de gibioctets de films animaliers pour adultes. Je comprends votre douleur, étant moi-même un poney. Bref, tout n’est pas perdu, et votre disque n’est pas encore à jeter. Mais pour lui accorder la résurrection, il va falloir bricoler un peu. Armez-vous donc d’un tournevis (vérifiez bien le type de vis, dans mon cas elles étaient étoilées), et commencez l’opération.
À ce moment précis du démontage, et ayant pourtant retiré les vis apparentes, le couvercle métallique refusait de se soulever. C’est l’occasion de se rendre compte que les constructeurs de disques durs sont de vrais sadiques, et aiment particulièrement planquer des vis. En l’occurrence, sous l’étiquette, qu’il a donc fallu retirer. Par précaution, prenez celle-ci en photo avant, au cas où vous auriez ultérieurement besoin de ces informations. Par exemple « tiens, mais le disque dur que je viens de mettre en pièces, c’était celui qui fonctionnait encore ! ».
Là par exemple, le constructeur a, semble-t-il, tenté un bluff de la dernière chance en se disant que sous l’étiquette, je ne remarquerais pas sa pastille à la con. C’est raté, et il suffit donc de la retirer elle aussi pour enfin accéder à la vis tant recherchée.
Si vous n’aviez jamais vu l’intérieur d’un disque dur, cette étape est très instructive. Si vous ne compreniez pas ce que je voulais dire par « pièce mécanique », peut-être en avez-vous une idée plus précise. Nous avons un plateau (qui donne astucieusement son nom au disque dur) attaché à un petit moteur central permettant de le faire tourner, et une tête sur le côté. Cette tête
peut se déplacer sur toute la largeur du disque, par un déplacement magnétique que nous observerons tout à l’heure. Ainsi, avec son déplacement et la rotation du disque, elle est capable de couvrir toute sa surface. Il est à noter que certains disques durs disposent de plusieurs plateaux, chacun disposant donc d’une tête attribuée (mais n’ayant qu’un axe de déplacement). C’est donc sur ces plateaux que sont écrites et lues les données. Nous allons tâcher d’extraite avec grande précaution les plateaux.
Avant de s’attaquer à l’extraction, voyons si on peut retirer d’autres pièces pour nous faciliter la tâche.
Bingo ! D’autres pastilles cachant certainement de nouvelles vis.
Le constructeur aime jouer, visiblement. Et il doit bien se marrer après m’avoir vu arracher sauvagement chaque pastilles, hurlant ensuite ma rage devant un trou dans lequel nulle vis n’a fait le sien. Peu importe. Il n’y a plus de pièce à retirer, mais nous allons quand même déplacer la tête, afin qu’elle ne nous gêne pas.
Remarquez la tige noire sous mon index droit. Elle sert à bloquer la tête dans une position (qui ne nous arrange pas, car la tête est alors au plus près du centre du plateau). En prenant soin de ne pas toucher la surface du disque, il a fallu pousser légèrement cette tige vers la tête pour que celle-ci soit en mouvement libre. Avec un tournevis plat, je l’ai donc délicatement poussée dans sa position la plus extérieure possible.
Le plateau est maintenu par une sorte de grosse rondelle, elle-même fixée par 6 vis. Pour éviter que l’axe tourne lorsque je dévisse, il a fallu le tenir en place sans toucher aux plateaux. 6 vis plus tard, nous y sommes.
Malheureusement, la tête, même poussée, gêne l’extraction. Elle ne servira plus (d’ailleurs, elle est probablement morte pour de bon, elle). Autorisons-nous un acte que je qualifierais de bourrinage.
Nous avons extrait la pièce maîtresse. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent.
Je dois avouer quelque chose. Ce plateau mesurait environ 2mm d’épaisseur. C’est beaucoup. Surtout quand on veut le plier à la main. Heuresement qu’il y a des gens moins bourrins que moi pour me rappeler qu’on a des outils.
Je sais que vous commencez à vous poser de sérieuses questions et à mettre en doute mes facultés mentales. Mais nous avons presque fini. Mettez les deux parties du plateau de côté, nous y reviendrons rapidement.
Il reste une pièce à retirer : la tête et son support, contenant 2 aimants pour déplacer ladite tête. Mauvaise surprise, ils ne sont pas fixés par de vis, mais par des rivets. Qu’importe.

Je sais ce que vous vous imaginez. Non, j’ai pas percé au hasard comme un bourrin. Il y avait un rivet !
Nous avons quasiment terminé. J’espère que vous n’avez pas mangé le couvercle de l’appareil, car nous en avons besoin.
Il faut maintenant du matériel supplémentaire. Allez chercher une bière au frais. Non, ce n’est pas une blague. Et en bouteille. Et ramenez des chips aussi. C’est toujours sérieux.
Et le tour est joué ! Ne vous fiez pas à la photo, je n’avais pas de vraie bière (comprendre « bière belge ») pour l’expérience, et j’ai remplacé avantageusement les chips par des fruits secs, ce qui fonctionne aussi. Vous venez donc de recycler un disque dur mort en plateau-apéro !
Mais ce n’est pas encore fini. Je ne vous ai pas fait casser un plateau en deux sans raisons. J’aurais pu.
Le hack, c’est détourner les objets de leur usage initial. Je pense qu’utiliser un plateau de disque dur comme décapsuleur, ça correspond parfaitement à cette définition. Je pense aussi que l’inventeur du disque dur s’est basé sur une bouteille de bière pour la conception (elle était probablement vide au moment où il eût l’idée, d’ailleurs), tant le diamètre du plateau coïncide avec celui du goulot.
Profitez bien de votre plateau-apéro avec décapsuleur !





























