S’il ne fallait retenir qu’un message politique du hack, ça serait celui-là : Do It Yourself (DIY), ou « Faites-le vous-même », dans la langue de Pascal Obispo. C’est un message dont la simplicité n’a d’égal que l’importance. Car derrière cette idée à première vue banale, voire égoïste, se cache la volonté de réappropriation des compétences par les gens, dans une société dont le mode de consommation tend vers l’inverse. Ainsi, lorsque les industriels cherchent naturellement à augmenter leurs profits, il est, de leur point de vue, tout aussi naturel de vouloir contrôler de bout en bout la vie de leurs produits. Le mot est d’ores et déjà lâché, il s’agit de contrôle. Les entreprises assurent ainsi une sorte de support à leurs produits. Mais ce qui apporte aux consommateurs les prive ainsi de leur liberté d’utiliser comme bon leur semble le matériel. Prenons un exemple simple, les imprimantes.

Aujourd’hui, une imprimante de base coûte généralement moins que 2 recharges d’encre. Et, il faut le reconnaître, est assez peu fiable : il est plus que courant qu’elle lâche tout juste sa garantie passée. Et ce n’est pas une coïncidence ; l’obsolescence programmée touche de plus en plus d’appareils, au fur et à mesure que les objets du quotidien tendent à se complexifier. Pour faire simple, il s’agit tout simplement de concevoir non pas des produits robustes et fiables, mais de rendre consommables des objets qui n’avaient pas vocation à l’être, et dans le même temps, de provoquer une dépendance du consommateur à un constructeur. Pour revenir sur l’exemple des imprimantes, il s’agit de fragmenter à l’extrême les modèles de cartouches d’encre, de façon à supprimer toute interopérabilité entre elles. Une cartouche n’est compatible qu’avec une poignée d’imprimantes au total, et bien évidemment, une imprimante n’accepte (en principe) qu’un modèle précis de cartouche. Les appareils d’un même constructeur ne sont mêmes pas basés sur les mêmes modèles ! Du coup, une fois un modèle acheté, il crève en un an, on tente de le faire réparer, par principe (et encore, même ce réflexe s’émousse au profit de la pulsion de rachat), pour entendre un rageant « ça coûtera moins cher d’en racheter une que de la réparer ». Donc on rachète. Étant donné qu’on avait dèjà des cartouches, on reprend le même modèle, pour être sûr qu’il est compatible. Et là-dedans, le constructeur est ravi, et le consommateur est juste une vache à lait. Mais néanmoins heureux d’avoir payé peu pour une imprimante, sans être conscient qu’elle ne durera pas elle non plus plus d’un an.
Gagnant-gagnant ?
Ce qui est dramatique avec cette situation, c’est la façon dont elle est amenée. Les gens ne se seraient bien entendu pas laissés avoir si on leur avait simplement fait miroiter des produits moins fiables (du moins j’ose encore le croire). Mais on leur a promis de la facilité en échange. Prenons maintenant l’exemple d’une firme, historiquement conceptrice d’ordinateurs innovants, et s’étant plus récemment faite remarquer pour ses produits, véritables phénomènes de mode, mais surtout parfaits exemples de prisons numériques. Je parle bien évidemment d’Apple, et de sa politique de contrôler jusqu’aux mœurs des consommateurs de ses produits. Sous couvert de fonctionnalités fort pratiques mais malheureusement intrusives, les consommateurs cèdent petit à petit leur liberté d’utiliser leur produit comme ils le souhaitent. Par exemple, c’est à Apple de décider pour vous ce qui est bon pour votre appareil, et donc quelles applications vous avez le droit d’installer. C’est Apple qui, en proposant une très amusante fonctionnalité GPS, se permet de vous traquer où que vous alliez. C’est toujours Apple qui ose même contrôler ce que ses clients font graver sur leur appareil !

Le problème dans tout ça, c’est que les consommateurs rayonnent de bonheur quand on leur donne du grain alors qu’ils sont en route vers l’abattoir. D’abord parce qu’on les matraque de publicités et d’un effet de mode qui prétend rendre les gens intéressants selon ce qu’ils possèdent, mais ensuite et surtout parce qu’ils ne voient pas le danger de ce genre de choses. Et de surcroît, par une peur déraisonnée de la technologie, ils cherchent absolument le plus simple. Ce qui favorise naturellement l’acteur du marché qui a compris ça, et qui a donc toute latitude pour enfler ses clients et faire gonfler son chiffre d’affaires. C’est cette peur qui est le véritable drame. Car pour tous ces exemples et même les autres, la solution est très simple : il faut reprendre en main le matériel, et passer de l’état de consommateur passif à utilisateur éclairé. Il faut oser s’intéresser à la technique, oser penser que l’on est capable d’y toucher, de le bidouiller si besoin.
Ce phénomène ne se limite même plus à la technique : à force de vivre dans une société d’infantilisation, les gens viennent à en oublier comment planter un clou dans un mur, et paieront bientôt un menuisier pour scier une bête planche… Or, j’ose espérer que tous les lecteurs de ce blog savent à quel point c’est une opération basique. De même, en informatique, la plupart des utilisateurs lambda ignorent jusqu’aux bases le fonctionnement de leur outil. Lorsque je parle de bases, c’est parfois de savoir qu’il faut allumer un ordinateur et son écran pour que « ça marche »… Prétextant que « c’est trop compliqué », et qu’« on n’y comprend rien », on utilise l’informatique comme un nouveau-né utiliserait une tondeuse à gazon : avec pertes et fracas. Pourtant, l’informatique est particulièrement simple à utiliser, mais il est impératif de connaître des bases, des notions. Par exemple savoir qu’Internet relie le monde entier en un temps négligeable, connaître et définir les limites de ce qu’on y dévoile, savoir faire la différence entre un fournisseur d’accès, un logiciel et un moteur de recherche. Il ne s’agit pourtant pas de quelque chose de compliqué, mais lorsqu’on passe un certain temps avec cet outil, il est important de savoir comment il fonctionne. La technologie a ainsi évolué qu’il est souvent inutile de lire un manuel pour savoir comment fonctionne un appareil, mais le revers de la médaille étant que, lorsqu’il y est tout de même nécessaire de le faire, on ne veut plus faire cet effort, et tout ce qui n’est pas assez limpide est jugé « trop compliqué ».
sortir ses doigts de la chaleur de son cul au profit de celle d’un fer à souder

Pour changer la société, que dis-je le monde, il faut effectivement se réapproprier ces compétences, manuelles comme intellectuelles. Il n’y a rien de compliqué là-dedans. Savoir manipuler un fer à souder, comprendre les enjeux de la sécurité informatique, scier et poser une étagère, ce sont des choses que tout le monde devrait savoir faire. Et c’est réellement un minimum. Dans le même temps, il ne faut surtout pas avoir honte de ne pas savoir faire quelque chose, parce que c’est notre lot à tous.
Le DIY, c’est juste ça, ni plus ni moins. Réfléchir par soi-même, et pas par procuration à une industrie. Se rappeler qu’on a des bras (pour la plupart d’entre nous), qu’on est capable de